Mytho mais pas trop
Oratorio pour chœur d'enfants
ARNAUD MARZORATI
DIRECTION MUSICALE, BARYTON
CHOEUR DE JEUNES
NOÉ BÉCAUS
VIOLE DE GAMBE
CLAIRE-OMBELINE MUHLMEYER
SACQUEBOUTE, FLÛTES À BEC
THOMAS VINCENT
THÉORBE
PERNELLE MARZORATI
HARPE TRIPLE
Mytho, mais pas trop. Juste ce qu’il faut.
Mais à l’heure de la récréation, ce n’est pas toujours facile de ne pas dévoiler ce pouvoir qui est le nôtre. On serait bien tenté de révéler ce qui nous distingue des autres… Mais le professeur Chiron, peu souple de caractère mais grand sage devant l’Olympe, nous a prévenus : motus et bouche cousue…
C’est un peu de latin, ce motus ! Mais chez nous, les héros grecs, on connaît parfaitement le langage des Romains. Normal : ils ont tout plagié et tout copié sur nous. Alors, quand on nous dit motus, on sait se taire.
Il ne faut pas dire n’importe quoi au commun des mortels ! De toute façon, ils ne vous croiront pas. Ils ne croient plus au pouvoir de la Mythologie.
Parlez-leur de Pandore ou de Charybde et Scylla, ils vous regarderont avec des yeux de cyclope. Vous savez ce que c’est, un regard de cyclope ?
Mais on ne doit pas se moquer du physique de son voisin ! C’est ce que ne cesse de nous répéter le professeur Chiron. D’ailleurs, lui, avec son corps de centaure, sait se confondre avec les personnes de son entourage. Il a ses petites astuces : par exemple, vous ne l’entendrez jamais hennir en public.
Et c’est bien ça qui est le plus compliqué… pour nous, les jeunes héros de la Mythologie : faire croire que l’on n’a pas de pouvoirs.
Il nous a fallu quitter les hauts lieux de la Grèce antique pour venir étudier ici, comme tous les autres enfants de la Terre. Il faut vivre avec son temps. Zeus et Héra nous l’ont annoncé de manière un peu pompeuse :
« Mes enfants, les déesses et les dieux, les héros et les mythes grecs vont disparaître pour plusieurs millénaires.
C’est comme ça : Cronos, notre Temps à nous, l’a décidé. Patientez un peu, faites-vous oublier.
On dit actuellement de nous que nous représentons l’art hellénique et la sagesse présocratique… Mais nous sommes bien plus que ça.
N’écoutez pas toutes ces rumeurs contemporaines qui circulent un peu dans tous les sens. Concentrez-vous sur vos origines, puisque vous êtes la sagesse du monde. La Mythologie, rien n’est plus réel que cette dernière, et croyez au témoignage de notre meilleur spécialiste : Homère en personne.
En attendant, vivez comme les autres enfants. Contentez-vous de parler de vous-mêmes comme si vous n’existiez plus.
On vous assure que le Temps de la grande Olympe reviendra… En attendant… »
En attendant, tous les héros de cette Mythologie circulent parmi nous, nous, les enfants du XXIᵉ siècle. Nous les côtoyons sans jamais y prendre garde.
Peut-être que votre voisin de palier est le jeune Agamemnon, héros de la guerre de Troie. Celui-là qui, dans le stade, bat tous les autres au cent mètres, c’est Achille, qui a bien du mal à se retenir et à ne pas battre de plusieurs secondes le record du monde de vitesse… À son âge, ça jaserait…
Cet autre qui joue de la guitare électrique comme un dieu, eh bien c’est Orphée, un touche-à-tout inégalé en musique…
Enfin, il leur faut ronger leur frein. Ne pas tout dire. Rester une énigme comme celle du Sphinx et circuler sans se perdre dans le labyrinthe de cette histoire initiatique.
Mytho, mais pas trop… juste ce qu’il faut…
Juste ce qu’il faut : c’est ce que feront les Lunaisiens avec ce prochain opus, inspiré des chants d’Apollon et d’Euterpe… Ils vont vous raconter, à la manière d’Ésope, quelques récits musicaux, quelques fables élégiaques, sans en dire plus que cela de ces héroïnes et de ces héros qui nous entourent quotidiennement, croyez-le !
Car il y a des énigmes que l’on ne peut résoudre que par soi-même. Voyez Œdipe.
Pour ce conte musical, nous aurons une dizaine de récits chantés, entremêlés les uns aux autres, construits pour réunir des histoires anciennes à des récits contemporains.
Pour ce qui est de la facture musicale, elle se façonnera en s’appuyant sur une inspiration pythagoricienne. Nous improviserons sur certains de ces modes — lydien, phrygien, dorien, etc. — et nous ferons rejaillir, tels des archéologues, les tierces majeures et les tierces mineures, créations du modeste Ptolémée, qui aimait aussi faire sonner les quarts de ton. À ne pas confondre avec le bon steak de thon de Poséidon.
Bien sûr, il ne peut y avoir de reconstitution, de péplums — peplos en grec — sans de grands effets musicaux, à la manière de Spartacus, des Douze Travaux d’Hercule, de Cléopâtre et de Gladiator. Les musiques de films hantent aussi notre quotidien. La musique hollywoodienne est passée par là ; Walt Disney et ses chorégraphies demeurent inspirants.
Mytho, mais pas trop. Pour raconter de belles histoires, il faut mentir un peu.




