LE TRÈS PETIT POUCET

À PARTIR DE 8 ANS

LES LUNAISIENS
ARNAUD MARZORATI
DOMINIQUE BILLAUD
MUSIQUE
 
PIERRE SENGES
TEXTE
MÉLANIE FLAHAUT
FLÛTES À BEC, BASSON
PIERRE CUSSAC
ACCORDÉON
ÉLODIE PEUDEPIÈCE
CONTREBASSE

À la manière des grands classiques, les contes nous sont familiers : leurs péripéties nous reviennent en mémoire, leurs personnages nous accompagnent, certains détails restent présents y compris lorsque la dernière lecture remonte à bien longtemps. Ainsi, même loin des forêts, des chaumières et des ogres, le petit Poucet continue d’exister, en compagnie d’une centaine de petits cailloux blancs semés le long du chemin à intervalles réguliers. Il suffirait d’ailleurs de peu pour faire de ses aventures une illustration de notre monde contemporain : pauvreté, précarité, expédients, menace sourde, et enfin le salut par la débrouillardise.

 

Nous avons voulu en faire un Poucet très petit, pour le distinguer du petit Poucet de la tradition, tout en lui restant fidèle. Il est un Poucet plus volontiers attiré par Tex Avery que par Walt Disney – l’humour absurde ou moqueur s’accommodant très bien de la peur et de la cruauté inévitablement présentes dans les contes.

 

Notre Poucet est mélomane, tout lui sert de prétexte pour entamer une chanson ou inventer une musique : les cris des animaux dans la forêt ou la recette d’une cuisine anthropophage. Voilà pourquoi dans cette version du conte, l’ogre est trompé par une chanson, au lieu d’un échange de couronnes et de bonnets.

 

Réécrire un conte pour un public d’aujourd’hui et pour un spectacle musical est l’occasion de constater que des récits comme l’histoire du petit Poucet se prêtent à toutes les variations et, sous ces différentes formes, ne cessent jamais de nous fasciner.

 

Pierre Senges

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Perrault nous avait averti : «  Les contes de fée ne sont pas de simples bagatelles ».  Bien entendu, puisque le conte est inséparable de la morale de par son origine et son essence. Perrault lui-même le caractérise comme un projet éducatif qui préside à son invention et à son usage. 

 

Par le conte, les parents se préoccupent d’inculquer « vérités et principes » à leurs enfants dans un langage « naïf » adapté. Par ce langage, les conteurs tendent à donner l’impression d’une parole populaire, inspirée par des rythmes et une narration venus de l’oralité : les archaïsmes, les répétitions, les jeux de mots, les proverbes évoquent la voix étouffée de l’enfance et du peuple, du passé et de l’origine. Mais on ne peut s’abandonner au charme du conte, retrouver le plaisir du « merveilleux » que parce que le conteur en suscite les effets. Depuis  que Prévert a fait ses « contes pour les enfants pas sages », on peut être certains que nos bambins ont fait une belle révolution dans ce qui pourrait être appelé «  la république des lettres enfantines ». 

 

Toutes ces histoires, tous ces contes et légendes ont volé en éclats… Déjà la Comtesse de Ségur faisait des siennes pour que Sophie en fasse voir des « vertes et des pas mûres » à tous ses sbires qui finalement prenaient un malin plaisir à prendre la peau du « souffre-douleur ». Kipling, avec ses « Histoires comme ça » nous parle d’animaux merveilleux, de crabe qui joue avec la mer, de chameau qui refuse de travailler ; mais surtout il nous conte comment s’est fait l’alphabet. 

C’est ainsi que le conte, davantage qu’une histoire d’oralité, devient un véritable exercice de style, à la Queneau, à la Vian. Récemment, des auteurs comme Conti  ou Wilfrid Lupano et Mayana Itoïz,  auteurs spécialisés dans la littérature enfantine, s’adonnent à la joie de changer « les morales » des histoires, tout en recréant une moralité adaptée au plaisir d’une certaine subversion. 

 

Etre subversif, déroger aux lois, n’est-ce pas finalement ouvrir la porte interdite par Barbe-bleue ?

 

 

 

 

 

 

 

NOTRE TRÈS PETIT POUCET

 

 

Revenons à notre « Très Petit Poucet », si petit qu’on pourrait l’oublier ! N’est-ce pas la crainte de tout enfant, d’être oublié sur le bord d’un chemin ? Il s’agit d’un conte revisité par l’écrivain Pierres Senges qui s’expliquera lui-même (ci-après) sur un jeu de langage qui suscite les effets du conteur.

 

Tout n’est au fond qu’une histoire de mots, accolés les uns aux autres et qui s’assemblent pour raconter une nouvelle fois la même histoire : histoire de nos peurs, histoire de l’origine.  Diable, qu’on aime à se faire peur, à se recroqueviller pour redevenir un assemblage chétif et frêle d’une humanité qui se regarde toujours comme enfantine. Oui, nous voulons être enfants et entendre des histoires d’enfants. 

 

 

 

A l’origine, pas de conte sans musique. Rappelons-nous que selon Rousseau, l’homme chanta avant de parler. Pour le chanteur, c’est une évidence ; pour l’auditeur, c’est une découverte. 

 

Un conte a sa musique: Prokofiev pour Pierre et le Loup, Poulenc pour Babar, Tchaïkovski pour Cendrillon, Dukas pour l’apprenti-sorcier, etc. Mais pour notre Petit Poucet, c’est un compositeur, Dominique Billaud, qui pour l’occasion s’associe à l’écrivain Pierre Senges et au conteur-chanteur, Arnaud Marzorati. 

 

Et à tous trois, ils décident de créer cette évidence que l’un n’ira pas sans l’autre. Que l’écrivain qui écrit, que le compositeur qui compose et que le conteur qui met « tout en bouche » se réunissent au cœur de cette aventure pour créer un spectaculaire « objet » de déclamation ! 

 

Tant sur le plan de la narration que de l’expressivité, que de l’exploitation scénique, nos trois comparses font vœu de retrouver l’aire et l’art de la spontanéité, de la frivolité et de l’énergie « de foire et de tréteau ». Ménestrels gargantuesques ou lilliputiens impressionnistes, ils usent à la fois « de la clarté et de l’obscur ». Joueurs de sons, découpeurs de syllabes, ils réinventent un puzzle langagier. 

© Les Lunaisiens