Lacenaire

Le journal d un condamne

   Lacenaire,anarchiste             avant l’heure, mais aussi déserteur, voleur,faussaire, assassin...

condamné à la guillotine le 9 janvier 1836.

1 baryton

1 basson - flûtes

1 violoncelle

1 harpe baroque

1 accordéon

Qui n’a pas en mémoire le visage et la voix de Lacenaire, incarné par Marcel Herrand dans les Enfants du Paradis de Jacques Prévert. Sans doute un des plus beaux films du cinéma français, avec l’inoubliable Arletty qui répètera plusieurs fois tout au long du film, avec une certaine tendresse mais aussi de la crainte, le prénom de cet homme criminel : « Pierre-François, Pierre-François... ».

Pierre-François Lacenaire, vivant dans l’œuvre cinématographique de Jacques Prévert et de jean Carnet, en écrivain du peuple qui commet les pires horreurs... assassin...Bandit!

Pierre François, sorti d’un film, sorti d’une légende fascinante, effrayante ; héros infernal d’un roman à l’allure balzacienne. L’ange déchu de Victor Hugo, le Maldoror de Lautréamont, le Croquemitaine universel.

Cet homme à la veille de son exécution, le 9 janvier 1836, devint la coqueluche du tout Paris. Lui qui assassina le neveu de Benjamin Constant, qui égorgea la veuve et l’orphelin, ce démon qui nia aussi toute manifestation divine, on se mit à l’aduler parce que de sa « noirceur » sadienne et apocalyptique s’écoulèrent comme une substance du graal, comme quelques gouttes des larmes d’un enfant de l’innocence.

« Pierre-François, Pierre-François... » Armance (jouée par Arletty), incarne cette voix de l’Eden, contenue dans l’œuvre de Lacenaire.

Car quoiqu’assassin par «Seize-fois», notre criminel est la réincarnation de François Villon ; autre poète qui avait la dague facile et qui chanta si bien la « Ballade des Pendus ».

Lacenaire, lui, chante la « Ballade de la guillotine », il gueule ses « confessions d’un enfant du Siècle ». Pas comme Lamartine. Il est davantage le précurseur de Baudelaire.

Voici donc la chose la plus stupéfiante : le bandit de grand chemin, le tueur à sang froid, fut véritablement envoûté par sa passion romantique. Les mains imbibées du rouge de ses victimes mais aussi noircies de toutes ses pages d’écritures ; il est à la fois un prédateur sans pitié et un poète maudit.

Que l’affaire Lacenaire est belle et odieuse. Tandis que la société le juge, puis l’enferme à la Conciergerie en novembre 1835, Pierre-François, certain de sa mort prochaine, n’a qu’une passion dévorante, l’écriture et l’aboutissement de son œuvre : ses mémoires, ses poèmes, ses tentatives de tragédies et surtout ses chansons.

Hommes d’églises, philosophes, scientifiques, politiques l’interrogent sur sa rédemption et lui ne songe qu’à son répertoire chansonnier. Il le clame haut et fort : on veut lui voler ses chansons.Il est vrai que déjà d’obscures écrivaillons ont publié sous son nom des recueils de « poésies diverses » Ces textes ne sont pourtant pas de la main de Lacenaire. Et cette main serait prête à frapper les odieux qui voudraient manipuler l’étrange panorama littéraire de notre serial killer (tout de même...16 morts à son actif !)

Ah ! Si vous les entendiez les vraies chansons, et les vrais poèmes mystiques : Les complaintes de Lacenaire.

Une poésie sincère, savante et naïve, issue du langage des anciens et de la verve de Byron.

Car notre Pierre-François a ses lettres ; il est latiniste, il fréquente Racine et Molière, Rousseau et Chateaubriand et puis il goûte avec le plaisir de la dévoration la « révolution romantique ».

Il voudrait être Victor Hugo ou Béranger. Hugo pour Hernani et Béranger pour ses chansons ; encore elles.

« Pierre-François, Pierre-François » dit encore Arletty.
Elle représente toutes ces femmes étrangement
spleenétiques qui tombent sous le charme du voyou policé ; pourtant monstre, égorgeur, et de plus aux mœurs pédérastiques selon certaines sources policières de l’époque. Ne fut-il pas l’amant de son compagnon de misère et de prison, le surnommé Avril ?

A l’heure de monter les marches qui le séparent de l’échafaud, Lacenaire ne tremblera pas. Il affrontera Charlot (le bourreau) et sa veuve (guillotine) le plus dignement du monde. On dit qu’il aurait harangué de loin la foule et qu’il aurait entonné sa chanson la plus pittoresque, sa complainte de Lacenaire : « Accourez tous, chrétiens et bonnes dames, Venez aussi, méchants petits moutards ! Oui venez tous, pour le bien de vos âmes, de notre sang repaître vos regards ! »

Mon Dieu ! Quelle belle affaire que celle de Lacenaire...

Distribution

Arnaud Marzorati

Voix et direction artistique 

Mélanie Flahaut Flageolet

Flute, Basson 

Pierre Cussac

Accordéon

Pernelle Marzorati

Harpe

Isabelle Saint-Yves

Violoncelle

Daniel Isoir

Piano

© Les Lunaisiens