La Guerre des Théâtres

ou la matrone à la foire

    il s’agit d’oser le « rire       musical » comme une forme de folie qui pourrait résister aux fanatiques

3 chanteurs

2 comédiens

1 basson-flageolet

1 théorbe-luth

1 violoncelle

1 clavecin

En 1714, Louis Fuzelier, auteur fécond des théâtres de la Foire (il sera aussi le librettiste des Indes galantes de Rameau), propose à la scène l’adaptation d’une célèbre histoire de Pétrone, que La Fontaine avait mise en fable, « La Matrone d’Ephèse ».

Une femme inconsolable de la mort de son mari décide de se laisser mourir de faim et descend auprès de lui dans son tombeau, accompagnée de sa servante Colombine. À l’extérieur, un soldat (Arlequin) qui gardait le cadavre d’un supplicié, vient la trouver, et tente de la convaincre de ne pas mourir ; Colombine et Pierrot lui ont promis une récompense s’il y parvient. La Matrone progressivement séduite cède à ses injonctions et à ses charmes. Lorsqu’on apprend que pendant ce temps le corps du supplicié a été dérobé, Arlequin risque la pendaison à son tour, mais elle propose qu’on accroche le corps de son mari pour que celui-ci ne soit pas condamné à mort.

 

Dans l’opéra-comique de Fuzelier, cette intrigue s’orne des éclats et des excès de la commedia dell’arte et l’auteur déploie tout l’appareil comique de la farce. Arlequin brille par sa verve, sa couardise, sa gourmandise et parfois la lubricité propre à ce personnage.

L’histoire est égayée d’une aventure amoureuse parallèle entre Pierrot et Colombine, et d’inévitables lazzi scatologiques et grivois propres au genre naissant de l’opéra-comique.

La pièce s’achève par la célébration du mariage de la Matrone avec Arlequin.

L’opéra-comique est un genre né au début du XVIIIe siècle sous la contrainte, au cœur de ce qu’il n’est pas exagéré d’appeler une guerre des théâtres. La Comédie-Française (créée en 1680), en mal de public, voulait empêcher tout concurrent d’exister ; faisant valoir son monopole, elle espérait supprimer à coups de procès les troupes de théâtre des Foires Saint-Germain et Saint-Laurent. Mais les acteurs forains, pour jouer malgré tout, inventèrent des moyens astucieux de contourner l’interdiction.

Quand on leur interdit le dialogue, ils jouent des pièces en monologue (avec du dialogue à partir d’acteurs cachés en coulisse, ou avec des acteurs déguisés en perroquets) ; quand on leur interdit de parler français, ils imaginent des pièces en jargon ; quand la parole est totalement interdite, ils proposent les premières pantomimes... Ils imaginent alors de chanter, mais l’Opéra fait valoir à son tour son privilège et réclame une forte redevance. Les troupes qui ne peuvent pas s’en acquitter inventent alors les pièces par écriteaux, montrant au-dessus des acteurs les paroles et les faisant chanter par le public sur des airs connus lancés par un violoniste (l’ancêtre du karaoké). Les troupes foraines qui le peuvent paient l’Opéra pour avoir le droit à quelques chanteurs, quelques danseurs, quelques musiciens et des changements de décor.

Ainsi naît l’opéra-comique : un genre de théâtre chanté (à défaut de pouvoir parler) sur des airs populaires nommés vaudevilles. Les négociations avec l’Opéra sont attestées dès 1708, mais c’est au tout début de 1715 qu’un théâtre prend le nom d’Opéra-Comique.

Et quand les acteurs sont tout simplement interdits, on a recours aux marionnettes ! Ainsi sont apparus des spectacles, qu’on nommerait aujourd’hui hybrides, qui mêlaient chanteurs, jongleurs, mimes et marionnettes.

Distribution

Jean-Philippe Desrousseaux

Mise en scène

Sandrine Buendia

Soprano

Jean-François Lombard

Haute-contre

Arnaud Marzorati

Baryton

Bruno Coulon

Comédien

François-Xavier Guinnepain

Lumières

Mélanie Flahaut

Basson et flageolet

Isabelle Saint-Yves

Violoncelle

Massimo Moscardo

Théorbe et luth

Blandine Rannou

Clavecin

François Rubellin

Conseillère théâtrale

Ateliers Angers-Nantes Opéra

Costumes

Une production de La Clique des Lunaisiens

Coproduction Opéra Comique - Centre de musique baroque de Versailles

© Les Lunaisiens