Le Très Petit Poucet

À partir de 7 ans

ARNAUD MARZORATI
DIR. ARTISTIQUE BARYTON
 
DOMINIQUE BILLAUD
MUSIQUE
PIERRE
PIERRE SENGES
TEXTE
FRANÇOIS-XAVIER GUINNEPAIN
SCÉNOGRAPHIE
MÉLANIE FLAHAUT
FLÛTES, BASSON
PIERRE CUSSAC
ACCORDÉON
ÉLODIE PEUDEPIÈCE
CONTREBASSE

Les sept nains de Blanche Neige sont sept. Les trois petits cochons sont trois. Les bottes de sept lieues per- mettent de franchir exactement sept lieues à chaque pas, ni plus, ni moins. Tout cela est très logique – même si ça se complique avec les trois mousquetaires, qui sont quatre, en vérité. Mais savez-vous combien de frères a exactement le petit Poucet ? Un très grand nombre, selon la légende. Certains disent sept, comme les nains ; d’autres pensent qu’ils étaient dix, ou bien trente-six, ou sept fois sept, ce qui fait quarante-neuf.

 

En vérité, je vais vous le dire, j’ai vérifié : il y en a 98. Le très Petit Poucet et ses 98 frères ! Telle est l’histoire que nous allons vous conter et vous chanter ! Avec de l’accordéon et de la flûte. Vous entendrez « La Chan- son minuscule », la « Bataille du dentier et du quignon » et celle « des Onze trop gros ogres »... On espère au moins que cette Histoire finira bien. On n’en est pas certains. Mais au moins, on aura pris le temps de s’amuser avec le Très petit Poucet et des 98 frères.

 

                                                                                      Arnaud Marzorati

EXTRAIT

 

Avec le temps, la situation ne s’améliore pas, toute la famille se tient blottie dans la misérable maison de planches et de carton. Comme il n’y a plus assez de souliers pour tout le monde, les enfants portent une chaussure à un pied, et rien du tout à l’autre. Pour souper, ils râpent un morceau d’écorce et le font cuire à la casserole. Pour dormir, ils se couchent sur un tas de feuilles mortes. Pour se laver, ils se servent d’une brique – au moins, une brique, ça ne s’use pas vite, contrairement à un savon. Le soir de Noël, Léon et Léonce décident de sacrifier la vieille pièce d’un sou rangée au fond de la cruche. Ils s’en servent pour acheter un radis noir, puis ils le coupent en tranches très très fines. Il faut qu’il y en ait pour tout le monde.

 

Cette nuit-là, alors qu’il est en train de digérer sa fine tranche de radis, le père Léon réveille la mère Léonce et lui parle à voix basse, pour n’être entendu de personne :

– Léonce ?

– Quoi encore ?

– Il faut faire quelque chose.

– On a tout essayé.

– Il reste une solution : on peut vendre.

– Revendre le radis ? Trop tard.

– Non, vendre nos enfants.

– C’est sans doute une bonne idée, Léon, mais je me demande si ce n’est pas interdit.

– Chhhut... Combien on en a, en tout ?

– Je ne sais plus, une petite centaine.

– Si on en vendait une demi-douzaine, on ne verrait pas la différence. Une petite centaine moins une demi-douzaine, ça fait encore une petite cen- taine, plus petite encore, mais à peine. Voilà la solution.

– Tu as raison. Combien on peut vendre ça, un enfant ?

– Nous irons au marché samedi, nous verrons bien.

 

Et le samedi suivant, sur la place du marché, entre le marchand de volailles et le marchand de topinambours, on peut voir les parents du très petit Poucet vendre leurs enfants au meilleur prix.

 

© Les Lunaisiens